1912 : Suzanne Fromencourt et les parents de Paul Paray.

Le Tréport : rue de la Batterie, le magasin des parents de Paul Paray

Ma mère, Suzanne Fromencourt, a noté l’année au dos du cliché : 1912. Elle avait donc 12 ans ou allait les avoir : elle était née le 17 juillet 1900 à Hodeng-au-Bosc. Elle a d’ailleurs indiqué son prénom sur le cliché (ce que je regrette un peu). On peut penser que les deux personnes à gauche derrière elle sont Auguste Paray et son épouse Hortense (Hortence sur son acte de naissance) née Picard, fille de la « veuve Picard » née Séry, personnage haut en couleur qui tenait un café « A la veuve Picard » où elle accueillait des matelots. Elle y faisait régner l’ordre. Pas de paroles grossières, pas de chansons gaillardes. Elle n’hésitait pas, paraît-il, à taper sur la table du plat de la main si elle percevait quelque écart de langage ou de conduite.

 

Dans leur magasin, les Paray vendaient les objets en ivoire réalisés par Auguste, et les classiques « souvenirs » commercialisés dans toutes les stations balnéaires. C’était un petit bazar en quelque sorte.

 

Les Paray ont traversé la rue pour s’installer à l’hôtel des Bains et de France. Dans cet hôtel-restaurant, Auguste s’occupait des comptes, de l’accueil de la clientèle, des achats et du choix des vins. Il composait de la musique. Il tenait l’orgue de l’église Saint-Jacques du Tréport. Il est l’auteur et compositeur du chant « Ô mon Tréport ».

 

Quant à Hortense, elle dirigeait le personnel et les cuisines, n’hésitant pas à mettre la main à la pâte.

 

A cette époque, les officiers-marins, venus notamment du Royaume uni, étaient nombreux dans l’établissement des Paray.  Ils « apportaient la fièvre typhoïde » m’a précisé Suzanne. Hortence Paray récupérait les restes des repas de clients dans les assiettes de ces derniers et en faisait des boulettes… cela servait de repas pour le « personnel ». Suzanne a contracté la typhoïde. Soignée par les religieuses du Tréport – les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul – elle leur doit d’être restée en vie.

 

« J’ai été malade très longtemps, m’avait-elle précisé, j’étais au bord de la mort. Les religieuses ont déposé quelques gouttes de champagne à l’aide d’une petite cuillère, sur mes lèvres ». Le vin médecin ?  « Je m’en suis tirée très difficilement, a-t-elle ajouté. Et j’ai guéri, mais il a fallu un certain temps pour me rétablir. Bien entendu, je ne suis pas retournée chez les Paray. Plus tard, j’ai travaillé comme femme de chambre chez les Desjonquères, le patron de la Verrerie ».

 

J’ai lu – dans une biographie de Paul Paray, me semble-t-il écrite par l’une de ses filles – qu’Hortence – à l’instar de sa mère – était redoutée par la clientèle, notamment par les officiers anglais. A l‘Hôtel des Bains et de France, on n’acceptait pas les couples dits illégitimes. Il ne s’agissait pas de sortir le soir au-delà d’une heure précise. Hortence les rappelait à l’ordre.

 

Par dérision, les Tréportais parlaient de l’Hôtel du Sacré-Cœur.

 

Ma mère se souvenait bien de Paul : « Il jouait merveilleusement bien du piano » m’avait-elle dit. Mais elle ne m’a jamais parlé de son prix de Rome. Détail amusant : la dernière sœur de ma mère, Geneviève, décédée en 2011, avait épousé Lucien Picard, fils de Joseph Picard, coiffeur tréportais, rue de l’Anguainerie, qui affirmait : « nous sommes des petits cousins de Paul Paray » .

 

C’est désormais vérifié. Un certain Jean François Théry PICARD – qui a vécu entre 1760 et 1820 (à peu près) – s’est marié 3 fois. Joseph PICARD descendait du Ier lit et Hortence du 3ème.

 

Bernard Charon

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