Vous connaissez le « 1 » ?

C’est un peu par hasard que j’ai découvert le « 1 ».

« A une époque où la presse écrite continue son déclin, il faut saluer ce nouveau magazine qui se lance courageusement à la recherche des lecteurs égarés sur la Toile ou déçus par l’offre actuelle. Lancée par Éric Fottorino, ancien directeur de la rédaction du Monde, cette publication tourne autour d’une thématique unique, cette semaine « La France fait-elle encore rêver ? ». Cette entrée en matière est signée par Serge Escale, sur Mediapart, et date déjà du 14 avril 2014.

Imaginez une feuille de 82 cm sur 61 cm, pliée en quatre, et qui aborde un thème unique ; En vrac, en voici quelques-uns : « Demain, tous à vélo ! », « Comment sauver les profs », « Esclavage, ça se passe près de chez vous », « Brésil, une démocratie en péril », « Plastique, peut-on vivre sans ? », « L’Amérique contre l’Amérique », « Collège des Bernardins, incubateur d’espérance », « Chanson française », « Le traité de Versailles, un nouveau monde », « Voyage en utopie », « La finance est-elle encore notre ennemie ? », « Iran, le grand chantage », « Comment faire renaître la gauche », « Macron contre Macron »,.

Un régal ! On en redemande. Je me suis abonné. Je prends cela comme un souffle frais qui arrive chaque semaine. Chacun des numéros donnent la parole à des spécialistes, des experts même, un dessinateur, une femme ou un homme de lettres, des personnes de terrain qui font une pause pour réfléchir à ce qu’ils réalisent quotidiennement.

Quelques citations tirées du 1 :

« Le phénomène Trump s’inscrit-il dans une tendance mondiale de montée du populisme réactionnaire ou diriez-vous, après deux ans de présidence, qu’il s’explique d’abord par des spécificités américaines ?

Dick Howard [1]: Les deux éléments sont compatibles. J’ai d’abord pensé que les institutions américaines résisteraient à la présidence Trump. Mais, après Charlottesville [ville de Virginie où, lors d’un rassemblement de suprémacistes blancs, le 12 août 2017, un néonazi a foncé avec son véhicule sur des contre-manifestants, tuant une jeune femme et blessant plusieurs personnes] et, au vu de la réaction de Trump [qui a renvoyé les deux camps dos à dos], j’ai recommencé à croire au retour du filon raciste dans la politique américaine. Il ne faut pas oublier que Trump est le premier Président des États-Unis élu d’abord pour être un blanc qui défend les blancs. Mais, au-delà du racisme, il existe un catalyseur encore plus important, c’est la puissance du ressentiment. On le constate aujourd’hui au Brésil et dans de nombreux autres pays. En fin de compte, Trump s’inscrit avant tout dans une tendance mondiale ».

« Trump a-t-il une influence réelle sur le système économique ?

Daniel Cohen [2] : « On l’a vu dans le passage du livre Fear de Bob Woodward où son conseiller économique dit avoir soustrait à la signature du président des mesures qu’il estimait dangereuses pour l’économie américaine dans un Traité avec la Corée du Sud sans que Trump s’en rende compte. Trump est à lui tout seul, un facteur de risques majeurs. Il se fâche avec les Européens qui sont ses alliés, il se retire du traité de libre-échange pacifique, offrant un boulevard à la Chine, il explique à Apple qu’elle devrait fabriquer ses iPhones aux États-Unis sans voir que cela triplerait le coût de production et tuerait la marque… Il a été élu à la faveur d’un retour de bâton de la vague libérale des années 1980 et 1990. Il est devenu le porte-parole d’une nouvelle doctrine antilibérale. L’Amérique doit certes soigner de nombreuses blessures nées de la période antérieur, notamment l’explosion des inégalités. Mais on a du mal à saisir comment Trump entend le faire autrement qu’en paroles »

Dans le 1 « Voyage en utopies », Julien Bisson [3] écrit notamment dans le chapitre « Un cauchemar nommé progrès » :  « Avec la réalisation, progressive, des projets politiques des Lumières, va s’ouvrir une nouvelle ère : les terres lointaines ont été visitées, les dragons et les licornes ont disparu, les cités d’or de Cibola, de Xanadu, l’île d’Avalon ou le royaume du prêtre Jean n’ont jamais été trouvés. Avec l’exploration méthodique, scientifique du monde, c’est une part de l’imaginaire utopique qui est vidé de son sens (…).

Aux utopies statiques conçues jusque-là, utopies d’un monde exemplaire et éternel, vont alors succéder des utopies dynamiques, qui se nourrissent du progrès en marche pour formuler des aspirations nouvelles, plus fonctionnelles : mobilité, instruction, hygiénisme, féminisme ou fraternité des peuples sont autant de moteurs qui cahotent parfois mais vrombissent souvent au cours du XIXe siècle (…)

Il faut dire que l’époque apprend à se méfier des utopies politiques globales, dont on commence à pressentir le caractère totalitaire. Le rêve d’un monde nouveau se heurte à la réalité de son application, dès lors que les instruments modernes permettent la planification et l’éradication des éléments imparfaits.

Et de citer l’eugénisme comme exemple : « L’hygiénisme mènent ainsi bientôt à l’eugénisme, défendu comme un projet de civilisation dans la moitié des États-Unis au tournant du XXe siècle, et jusqu’à Winston Churchill, Theodore Roosevelt et H.G. Wells – avant que le nazisme n’en soit l’apogée monstrueuse. Le rêve d’une éducation des peuples va laisser la place à la crainte de lavage de cerveaux (…) ».

Pour Noël, le 1 propose un abonnement de 12 mois pour 76 €.  Vous recevrez 49 numéros, 4 hors-série et aurez accès aux archives en ligne. Pour plus de renseignements, plusieurs possibilités : aller sur le site Internet www.le1hebdo.fr, acheter le n° de la semaine du 1 chez votre marchand de journaux, ou écrire : Le 1, 24 rue Saint-Lazare, 75009 Paris.

Jumièges, le 20 octobre 2018,

Bernard Charon

[1] / Dick Howard est professeur de philosophie honoraire à l’Université d’Etat de New-York. Spécialiste des idées politiques, auteur de Les Ombres de l’Amérique, de Kennedy à Trump, paru en français chez François Bourin Éditeur.

[2] / Daniel Cohen est économiste. Il dirige le département d’économie de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Il est aussi auteur de nombreux ouvrages, comme Il faut dire que les temps ont changé ou Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète (Albin Michel, 2018)

[3] / Julien Bisson est journaliste et rédacteur en chef du 1 et de la revue América.

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